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Une expérience distincte | A distinct experience

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C’est en début novembre 2017 que Louis et Micheline des Productions Rivard m’ont approché pour réaliser la captation d’une pièce de théâtre. J’ai été très surpris et enchanté par l’idée – j’avoue que ça ne m’était jamais traversé l’esprit avant, de réaliser un télé-théâtre, mais ça faisait un beau changement de paysage de mon travail en non-fiction. Je venais de terminer un gros push en postproduction sur Chacun sa route, et l’hiver s’annonçait un peu plus calme.

Ils m’ont expliqué qu’ils avaient choisi, avec Radio-Canada et le Cercle Molière, de tourner Dehors, une pièce de Gilles Poulin-Denis. J’étais intrigué. J’ai tout de suite reconnu le nom de l’auteur fransaskois de Rearview, bien que je n’avais jamais eu le privilège de voir une de ses œuvres mises en scène. Je suis retourné chez moi visionner une version intégrale de la pièce qui avait été captée à Montréal. Les images dans la bande-annonce ci-dessous viennent de ce tournage-là (pour vous donner une idée).

J’ai été saisi par la brutalité du texte et du jeu. J'en suis ressorti avec quelques questions émotives et existentielles. L’éclairage, le paysage sonore et la scénographie étaient magnifiques. Cette pièce fessait fort. Mon esprit tournait à cent milles à l’heure.

Deux semaines plus tard, un jeudi matin pluvieux, j’étais face à face avec Philippe Ducros et Jacques Payette. On s’était donné rendez-vous à Mousse Café, sur la rue Beaubien à Montréal. Philippe, c’est le fondateur des Productions Hôtel-Motel, et le producteur et metteur en scène de Dehors. Jacques, c’est un producteur de Zone 3 qui a agi comme producteur-conseil chez Rivard pour notre captation. Notre rencontre est née d’une belle coïncidence : je voyageais à Québec pour donner une conférence, et je m’étais déjà prévu une semaine à Montréal pour passer du temps avec des amis. Ça m’a donc donné l’occasion de prendre un London Fog avec l’un des créateurs et de discuter de la pièce en personne.

Philippe, c’est un mec avec qui j’aurais pu jaser toute la journée, mais on n’avait qu’une heure. Le documentariste en moi avait tant de questions à lui poser. Sa démarche artistique et humaine l’a mené à parcourir le monde, dans de nombreuses zones de conflit, pour interviewer les gens qui y vivaient. À mon avis, ça faisait de lui un metteur en scène idéal pour cette pièce et ses thèmes. Allez voir ses autres projets et ce sur quoi il travaille maintenant!

On a parlé des idées et des symboles dans l’œuvre, des significations de certaines scènes, des défis et des découvertes qu’ils ont vécu en cours de production. Je lui ai expliqué mes plans préliminaires, on a repassé certains détails techniques et, parce qu’on était tous les deux à notre première expérience de captation théâtrale, on a chacun avoué qu’on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Mais, en se quittant, je pensais avoir détecté qu’une partie de son appréhension s’était détendue. La mienne aussi.

Je suis resté parler avec Jacques encore une heure, puis on s’est donné rendez-vous pour dîner le surlendemain et poursuivre la conversation. Jacques est une véritable fontaine d’expérience. Le gars a réalisé la première captation du Cirque du Soleil pour HBO, à la fin des années 80, et s’est taillé de nouvelles méthodes et conventions en le faisant. Avec toute la fougue et la naïveté de ma jeunesse, c’est exactement ce que j’espérais faire avec notre captation de Dehors*légèrement* plus petite échelle). Ses conseils m’ont été très précieux, mais il a aussi su me donner toute la place dont j’avais besoin pour mener à bien notre vision, et ça, je lui en remercierai toujours.

De retour à Winnipeg, j’ai enfin pu voir Dehors en personne au Cercle Molière – ils en étaient à leur deuxième semaine de représentations. J’avais déjà visionné l’intégrale montréalaise plusieurs fois et je maîtrisais très bien le texte et l’histoire. Mais là, j’étais assis dans la première rangée du théâtre et l’action se déroulait à deux mètres de moi. Et laissez-moi vous dire… ça fessait encore plus fort.

C’est là où j’ai vraiment constaté que la relation entre le comédien et le spectateur théâtral n’avait rien à voir à ce que vivrait un jour le téléspectateur à la maison. L’écran, c’était un gouffre d’émotion et de compréhension qui allait s’installer entre nous et la scène. Je le savais déjà, mais ce moment me l’a cimenté davantage : jamais on n’allait recréer l’expérience de voir cette pièce au théâtre.

Mais paradoxalement, cette constatation m’a libéré l’esprit. J’ai réalisé que c’était à moi d’enjamber ce gouffre aussi bien que je pouvais, avec les outils cinématographiques que nous avions à notre disposition. Nous allions offrir une expérience fondamentalement distincte de celle du théâtre : l’occasion de vivre cette histoire et ses nuances de nouvelles perspectives, et surtout, de très près.

Et c’est ce que nous avons fait. Ce sera peut-être l’objet d’un autre billet. Entretemps, voici quelques images de la production!

In early November 2017, Louis and Micheline from Les Productions Rivard approached me to direct the filming of a live theatre play. I was quite surprised and delighted by the proposition I admit that I had never contemplated directing a TV play, but it was going to be a nice change of scenery from my non-fiction work. I had just finished a big post-production push on <a href="Chacun">HTML Images</a> , and winter was looking calmer.

They explained that they, with Radio-Canada (French CBC) and the Cercle Molière, had chosen a play by Gilles Poulin-Denis. I was intrigued. I immediately recognized the name of the fransaskois author of Rearview, but I had never had the privilege of seeing any of his work in the flesh. I went back home to watch a private link to the full version of Dehors that had been shot in Montreal. The scenes in the trailer above are from that performance.

I was gripped by the ruthless brutality of the acting and the story. I was left with emotional and existential questions. The lighting, the soundscape and the scenography were sublime. This play hit hard. My mind was spinning with ideas.

Two weeks later, on a rainy Thursday morning, I was sitting with Philippe Ducros and Jacques Payette. We had decided to meet at Mousse Café on Beaubien Street in Montreal. Philippe is the founder of Productions Hôtel-Motel, and the producer and director of Dehors. Jacques is a producer at Zone 3 who acted as an advisor for our shoot. Our meeting was born out of a happy coincidence: I was travelling to Quebec City to speak at a conference and I had already planned to spend a week in Montreal catching up with friends. It gave me the perfect opportunity to sip London Fogs with one of the creators and discuss the play with him face-to-face.

Philippe is the kind of guy that I could have talked with for a long time, but we only had an hour. The documentarian in me wanted to ask him questions all day. His process, both as an artist and a human being, has been to travel the world, living in conflict zones and interviewing the people there. In my opinion, it made him the perfect director for this piece and its themes.

We talked about the ideas and symbols in the play, the meaning of certain scenes, and the challenges and discoveries they experienced during production. I sketched out my preliminary plans for him, went over some technical details, and, because we were both newcomers to the filming of a TV play, we both admitted that we weren’t quite sure what to expect. But, as we parted, I thought I felt that some of his trepidation had eased. Mine had too.

Jacques and I chatted about the project for another hour, and we agreed to meet for lunch two days later to continue our conversation. Jacques is a veritable fountain of experience. The guy directed HBO’s first TV broadcast of Cirque du Soleil in the late ’80s, and devised his own methods and paradigms while doing it. With all the zeal and naiveté of my youth, I wanted to do the same thing with Dehors (at a *slightly* smaller scale). His advice has been invaluable to me. But he also knew to give me all the space I needed to bring our vision to fruition, and for that, I will be forever thankful.

Back in Winnipeg, I finally got to see Dehors in person at le Cercle Molière they were going into their second week of performances. I had already watched the full recorded performance many times, and I had a good handle on the dialogue and the story. But now, I was seated in the first row, and the action was happening six feet in front of me. And let me tell you… the play hit me even harder.

I realized then and there that the relationship between actor and audience was completely different from the experience that the viewer would one day get at home. A screen opens up a chasm of feeling and understanding between us and the stage. I already had a sense of that, but the realization really solidified in that moment: we were never going to recreate the experience of seeing this play in the theatre.

Oddly enough, that recognition was quite liberating. I figured that it was my responsibility to span the chasm as best I could, using the filmmaking tools we had at our disposal. We were going to offer a fundamentally distinct experience from the theatrical one: an opportunity to live this story and its nuances from new perspectives, especially close-up.

And that’s what we did. But maybe that’s a subject for another blog post. In the meantime, take a look at a few photos from the production above!